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Travail de fin d'études

Traiter la sélectivité alimentaire liée à l'autisme par la méthode du Food-Chaining appliquée en milieu scolaire

Les enfants présentant un Trouble du Spectre Autistique (TSA) manifestent fréquemment de la sélectivité alimentaire, occasionnant un risque accru de carences nutritionnelles. La méthode du Food-Chaining (FC), mise au point afin de répondre à cette problématique, pourrait permettre de traiter plus largement cette population en étant appliquée en milieu scolaire.

Elisa Antona, diététicienne agrée

Introduction

L’autisme étant un trouble neurodéveloppemental, il est fréquent que les personnes autistes présentent des troubles de la sensorialité telles qu’hyper- ou hyposensibilités aux textures, odeurs, goûts, etc. Celles-ci pourraient être à l’origine de comportements de sélectivité alimentaire, tout aussi couramment rencontrés parmi ce type de population (Chistol et al., 2018 ; HAS, 2018). Cette sélectivité alimentaire, dans sa forme extrême, peut suggérer un Trouble du Comportement Alimentaire Restrictif/Évitant (ou ARFID, Avoidant Restrictive Food Intake Disorder tel que décrit dans le DSM-V (Diagnostic and Statistical manual of Mental disorders, 5e édition, 2013)) qui, chez l’enfant comme l’adulte, peut être précurseur d’importantes carences nutritionnelles.

Le FC est un concept développé par une équipe de logopèdes, médecins et diététiciens dont l’ouvrage « Food-Chaining » (Fraker, 2007) fut produit de leur travail commun. Cette méthode conçue pour une utilisation domestique s’adresse aux enfants éprouvant des difficultés à s’alimenter. Elle est constituée d’un programme en plusieurs phases, servant à identifier préalablement les causes de ces troubles alimentaires afin d’écarter celles nécessitant une intervention de type logopédique ou médical. Elle propose ensuite une solution adaptable en fonction des besoins de tout enfant, permettant de les aider à surmonter leurs troubles et à élargir leur régime alimentaire naturellement et en toute sécurité. La méthode FC pourrait être définie simplement comme une façon de passer d’un aliment apprécié par l’enfant, à un aliment « cible » non apprécié par l’enfant, en modifiant progressivement et par l’intermédiaire de différentes recettes les paramètres organoleptiques de ce premier (goût, texture, apparence, température, etc.) pour se rapprocher de ceux du second. Cela pourra nécessiter plusieurs étapes, qui composeront une « chaîne » de préparations culinaires.

Objectifs

Effectué au centre provincial d’enseignement fondamental spécialisé «L’Orée du Bois» en 2020 en vue de l’obtention du bachelier en diététique à la Haute Ecole Provinciale de Hainaut – Condorcet à Tournai, ce travail de fin d’études avait pour objectif d’évaluer l’efficacité de la méthode FC sur la sélectivité alimentaire d’enfants présentant des TSA, lors de son application en milieu scolaire. Ce travail espère offrir une piste logique dans l’exposition et la réintroduction d’aliments dans le régime d’enfants souffrants de sélectivité alimentaire ainsi que d’explorer la possibilité de l’intégration de cette méthode dans ce milieu particulier, afin de répondre à une problématique délicate à laquelle les membres de l’enseignement spécialisés sont peu formés pour réagir mais pourtant largement confrontés.

La finalité de ce travail est la transmission d’un outil à l’établissement, ayant pour ambition d’apporter une solution modulable et accessible à tout type de population.

Matériel et méthode

Des questionnaires ont préalablement été transmis aux parents des 6 enfants composant l’échantillon (4 garçons et 2 filles, de 8 à 9 ans, avec TSA), afin de relever leurs préférences et aversions alimentaires ainsi que leurs données médicales. Durant les 6 semaines suivantes, des préparations culinaires ont été présentées aux enfants, juste avant leur collation du matin et leur repas de midi, et ce, 2 jours par semaine. Les aliments-cibles, peu transformés, ont été proposés aux enfants à deux reprises, lors de la première semaine (S1) et de la dernière semaine (S6). La méthode FC a été appliquée tout au long des semaines intermédiaires, en débutant par des préparations élaborées et en transitant graduellement vers des préparations moins transformées, constituant les éléments des chaines distinctes d’aliments-cibles respectifs.

Pour chaque préparation, les réactions individuelles des enfants, constituant les résultats, ont étés recueillies et classées comme :

Afin d’évaluer l’évolution de leurs aversions, ces résultats ont été analysés globalement et individuellement par comparaison entre la première et dernière semaine ainsi que sur l’ensemble de la période.

Une brochure reprenant des conseils pour la mise en place d’activités culinaires similaires a été remise aux institutrices à l’issue de la période de stage.

Résultats

Tableau 1, synthèse des données recueillies 

Comparaison entre l’exposition initiale et finale des aliments-cibles : Sur les 4 enfants présents en S1 et S6, 2 ont manifestés une amélioration (baisse des refus et/ou augmentation des aliments appréciés, proportionnellement au total des préparations présentées) ; 1 a manifesté une régression (augmentation des refus et/ou baisse des aliment appréciés, proportionnellement au total des préparations présentées) ; 1 n’a manifesté aucune évolution.

Évolution sur l’ensemble de la période d’activité : Sur les 6 enfants présents, 3 ont majoritairement appréciés les préparations présentées ; 3 ont majoritairement refusés les préparations présentées ; aucun n’a majoritairement goûté les préparations sans les apprécier.

Présentation de l’outil : Composée d’une vingtaine de pages, la brochure transmise aux institutrices contient des informations sur la sélectivité alimentaire et sur la méthode FC ainsi que les étapes nécessaires à la mise en place de celle-ci (Questionnaires, matériel, organisation, etc.), des conseils pratiques (choix des chaînes, attitude à adopter, etc.), des exemples de chaînes détaillées avec recettes et des exemples d’activités non-alimentaires (Textures).

Discussion

A défaut de diagnostic formellement établit, différents niveaux de sélectivité alimentaire ont été identifiés chez les enfants d’après les observations récoltées ainsi que d’après les questionnaires complétés par les parents.

L’analyse de la comparaison entre l’exposition initiale et finale des aliments-cibles indique que les deux enfants manifestant une amélioration présentent un niveau modéré de sélectivité alimentaire, tandis que l’enfant manifestant une régression présente une absence ou un niveau faible de sélectivité alimentaire, et l’enfant ne manifestant aucune évolution présente un niveau sévère de sélectivité alimentaire. Bien que l’impact négatif (régression) sur un des enfants suggère que les activités de FC pourraient être néfastes, le taux élevé de préparations appréciées sur l’ensemble de la période par cet enfant laisse penser que davantage de ces activités pourraient le réconcilier avec l’aliment refusé. L’analyse de l’évolution sur l’ensemble de la période d’activité indique que les 3 enfants ayant majoritairement appréciés les préparations sont ceux présentant une absence ou un niveau faible à modéré de sélectivité alimentaire, et que les 3 enfants ayant majoritairement refusés les préparations sont ceux présentant un niveau modéré à sévère de sélectivité alimentaire.

Les résultats semblent démontrer une efficacité mitigée de l’activité, en raison du maintien d’un taux élevé de refus. La faible proportion de préparations goûtées sans être appréciées pourrait signifier que l’activité a à la fois permis aux enfants d’apprécier certains aliments, tout en renforçant leur aversion pour d’autres. Les préparations présentées ont cependant permis d’établir une relation stable entre la progression des chaînes et le respect des limitations alimentaires des enfants. De plus, les enfants manifestant une majorité de refus ont montré des signes prometteurs d’amélioration tel qu’un intérêt soutenu et une curiosité certaine envers les préparations, bien que les progrès observés aient été plus modestes et aient requis l’association de stratégies supplémentaires.

Le faible taux d’effectif, aggravé par les absences répétées des élèves, représente la limitation principale de cette étude qui ne pouvait toutefois être évitée en raison de la structure restreinte des classes de ce type d’enseignement.

Les activités ont permis de relever une portion optimale correspondant à environ 25g de préparation par enfant, soit une quantité suffisamment faible pour ne pas intimider l’enfant mais lui accordant tout de même 3 bouchées. Certaines denrées (Viandes, poisson, fruits oléagineux, etc.) ont été écartées afin de minimiser les coûts de l’activité.

Les préparations inspirées de produits industriels, vraisemblablement peu reconnaissables dans leurs versions exemptées d’additifs, ont été moins appréciées par les enfants que les préparations inspirées de plats traditionnels et artisanaux. Celles-ci ont étés réalisées d’après des recettes ordinaires nécessitant des ustensiles et compétences culinaires sommaires.

Conclusion

Si les résultats seuls ne permettent pas d’affirmer l’efficacité de la méthode FC, dont l’interprétation reste limitée par le nombre d’effectifs réduit, les observations relevées lors des activités laissent entrevoir le potentiel de son application en milieu scolaire. Les analyses suggèrent une réceptivité proportionnelle au niveau de sélectivité alimentaire manifestée par l’enfant, un niveau plus sévère pouvant requérir l’adjonction de stratégies supplémentaires associées à la méthode FC. En raison de leur structure ajustée, les classes d’enseignement spécialisé sont propices à instaurer ces activités, adaptables en fonction des ressources de l’établissement. Ce travail à permit la réalisation d’un outil à destination de ce type d’institutions, lesquelles pourraient très certainement bénéficier davantage d’interventions diététiques.

Bibliographie

Chistol, L. T., Bandini, L. G., Must, A., Phillips, S., Cermak, S. A., & Curtin, C. (2018). Sensory Sensitivity and Food Selectivity in Children with Autism Spectrum Disorder. Journal of autism and developmental disorders, 48(2), 583–591. https://doi.org/10.1007/s10803-017-3340-9

 

HAS. (2018). Trouble du spectre de l’autisme : Signes d’alerte, repérage, diagnostic et évaluation chez l’enfant et l’adolescent. [PDF]. Retrieved from : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018- 02/trouble_du_spectre_de_lautisme_de_lenfant_et_ladolescent__recommandations. pdf

 

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). Arlington, VA: Author.

 

Fraker, C., Fishbein, M., Cox, S.& Walbert, L. (2007). Food chaining: The proven 6-step plan to stop picky eating, solve feeding problems, and expand your child’s diet. New York: Marlowe.

 

Illustrations réalisées par ANTONA Elisa.

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Cet article présente les résultats d’une enquête réalisée dans le cadre d’un master en sciences de la santé publique à l’UCLouvain. Le but de l’enquête était d'évaluer les effets du confinement lié à l’épidémie du coronavirus sur les habitudes alimentaires et les modes de vie de la population en Belgique.
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Conséquences du confinement lié à la COVID sur l’alimentation et l’activité physique en Belgique

Cet article présente les résultats d’une enquête réalisée dans le cadre d’un master en sciences de la santé publique à l’UCLouvain. Le but de l’enquête était d’évaluer les effets du confinement lié à l’épidémie du coronavirus sur les habitudes alimentaires et les modes de vie de la population en Belgique.

Zoé De Bruyne, diététicienne agrée et maître en santé publique

Sandy Tubeuf, professeure, PhD, économiste de la santé, Université catholique de Louvain (UCLouvain)

1. Les conséquences du confinement

D’après Mengin et al. (2020), le confinement a eu des conséquences sur la santé mentale telles qu’un sentiment d’ennui, des troubles du sommeil, des troubles anxieux, un risque accru de dépression ainsi que des troubles du comportement alimentaire (TCA). De plus, l’exposition plus importante aux publicités alimentaires aurait aussi conduit à des compulsions alimentaires ainsi qu’une prise de poids (Boswell & Kober, 2015).

2. Les changements alimentaires liés au confinement

Plusieurs études se sont penchées sur les changements alimentaires durant le confinement et leurs résultats divergent. Alors que dans une étude américaine la majorité des répondants (43,6 à 87,4 %) déclare ne pas avoir changé leurs habitudes alimentaires (Bin Zarah et al, 2020), selon une enquête espagnole, un peu plus de la moitié des répondants (54,4%) rapportent avoir changé leur alimentation pendant le confinement (López-Moreno et al, 2020).

Ces changements peuvent prendre deux formes. Tout d’abord, il peut s’agir de changements favorables à une alimentation plus saine. Par exemple, une alimentation qui s’accompagne d’une diminution de la consommation d’aliments frits, d’aliments de restauration rapide, de pâtisseries, de viandes rouges et de boissons sucrées ainsi qu’une augmentation de la consommation de légumes, de poisson, d’huile d’olive et de légumineuses (Rodríguez-Pérez et al, 2020). Certains de ces changements alimentaires peuvent aussi être néfastes pour la santé s’accompagnant d’une augmentation de la consommation d’alcool et de bonbons à la suite du confinement (Błaszczyk- Bębenek et al, 2020), d’une diminution de la consommation de fruits, de légumes, de produits laitiers et de poissons et crustacés (Bin Zarah et al, 2020).

D’une manière plus générale, le confinement a souvent changé les modes de vie liés aux habitudes alimentaires, il y a eu une augmentation du temps pour cuisiner et organiser les repas ainsi qu’un accroissement des recherches internet sur les recettes traditionnelles et la cuisine à la maison via Google trends (Rodríguez-Pérez et al, 2020).

Concernant la variation du poids, l’ensemble des études mettent en avant une augmentation du poids (Błaszczyk- Bębenek et al, 2020. Bin Zarah et al, 2020. López-Moreno et al, 2020. Rodríguez-Pérez et al, 2020).

3. Type d’étude

L’enquête menée entre janvier et mars 2021 est une étude observationnelle et transversale. Il s’agit d’une enquête en ligne avec participation libre des personnes âgées de plus de 18 ans et vivant en Belgique.

4. Description de l’échantillon

Un échantillon exploitable de 330 personnes a participé à l’enquête. L’âge moyen est de 30,9 ans, l’âge minimum de 18 ans et l’âge maximum de 75 ans. Les femmes sont majoritaires dans notre échantillon avec 273/330 sujets. L’indice de masse corporel est normal chez 60,5% de l’échantillon, soit la catégorie la plus représentée. 4% sont en insuffisance pondérale, 23% sont en surpoids et 12,5% en obésité. Concernant le niveau d’étude, la grande majorité de l’échantillon est en possession d’un diplôme de l’enseignement supérieur (279 sujets).

Tableau n°1 : Tableau descriptif de l’échantillon
VariablesDescriptionEffectifs (%)
Sexe Femme
Homme
273 (83)
57 (17)
Classes d’âges 18 - 23 ans
23 - 24 ans
24 - 28 ans
28 - 40 ans
> 40 ans
55 (17)
68 (20,5)
74 (22)
71 (21,5)
62 (19)
Situation professionnelle Salarié
Ouvrier
Indépendant
Étudiant
Recherche emploi
Pensionné
Ne sait pas/ ne veut pas répondre
148 (45)
13 (4)
20 (6)
129 (39)
15 (4,5)
3 (1)
2 (0,5)
Niveau d’études Primaire
Secondaire inférieur
Secondaire supérieur
Enseignement supérieur (universitaire ou autre)
1 (0,5)
8 (2,5)
42 (12,5)
279 (84,5)
Auto-évaluation d’une
modification du poids due au
confinement*
Similaire
Plus élevé
Moins élevé
149 (45,5)
72 (22)
107(32,5)
IMC* Insuffisance pondérale
Poids normal
Surpoids
Obésité classe I
Obésité classe II
Obésité classe III
13 (4)
199 (60,5)
75 (23)
29 (9)
8 (2,5)
4 (1)

* 2 données manquantes (0,6%)

5. Résultats

L’analyse des réponses a permis de mettre en évidence les changements de la population belge avant et après le confinement dans la consommation de certains aliments, dans leur poids et la régularité de leur activité physique. À l’aide des différentes variables socioéconomiques collectées, les profils des personnes ayant connu un changement alimentaire durant le confinement ont pu être mis en évidence.

5.1. Les catégories alimentaires consommées avant et après le confinement

Alors que la consommation de fruits frais a légèrement diminué, celle de légumineuses a légèrement augmenté avant et après le confinement. Par ailleurs, les consommations de cocktails et de pâtisserie ont elles aussi légèrement augmenté.

Un aliment dont la consommation semble avoir notablement changé durant le confinement est la consommation de préparations à base de viande, des salades à tartiner à base de mayonnaise et les plats préparés. Nous observons (figure n°1) que la consommation de préparation à base de viande et de salade à tartiner à base de mayonnaise a augmenté après le confinement une consommation de 1 à 3 fois par mois. Cependant, nous observons une diminution dans la consommation de préparation à base de viande et de plats préparés pour les consommations de 2 à 4 fois par semaine.

Figure n°1 : Distribution de la consommation avant et après le confinement

5.2. L’activité physique et le poids

Le confinement a eu un impact négatif sur l’activité́ physique avec une augmentation du nombre de personnes rapportant ne jamais faire de sport et une diminution de la pratique d’une activité́ sportive chez les sujets qui pratiquait 2 à 4 fois par semaine du sport par semaine avant le confinement (voir figure 2). Les autres catégories restent plus ou moins similaires.

Alors que près de la moitié de l’échantillon (43%) rapporte avoir fait moins de sport à la suite du confinement, une personne sur trois rapporte ne pas avoir changé ses habitudes et une personne sur quatre a fait plus de sport qu’avant le confinement.

Concernant le poids, près de la moitié des enquêtés déclarent ne pas avoir connu une modification de poids à la suite du confinement alors qu’une personne sur trois aurait perdu du poids et une sur cinq en aurait pris.

Figure n°2 : Distribution de l’activité́ physique

5.3. Les facteurs influençant un changement alimentaire à la suite du confinement

En analysant plus précisément les profils des enquêtés, il apparait que les personnes qui ont connu un changement alimentaire négatif à la suite du confinement avaient un IMC plus élevé alors que celles qui ont connu un changement alimentaire positif vivaient en famille et étaient plutôt jeunes. Dans les deux cas, ce changement qu’il soit positif ou négatif était significativement associé avec une activité physique. En effet, pratiquer une activité physique avant et après le confinement renforçait des changements alimentaires positifs. À l’inverse, ne pas pratiquer d’activité physique régulière était associé avec un changement alimentaire négatif.

6. Conclusion

6.1. Les facteurs influençant un changement alimentaire à la suite du confinement

Cette étude suggère que les personnes qui avaient un IMC en surpoids ou en obésité́ et qui avaient probablement de plus mauvaises habitudes alimentaires que le reste de la population ont accentué leurs « mauvaises » habitudes alimentaires à la suite du confinement.

Par ailleurs, cette étude confirme que l’activité́ physique avant et après le confinement est corrélée aux changements alimentaires tant négatifs que positifs ce qui avait déjà été montré dans des études antérieures (Forgues, 2018). Ce résultat conduit à supposer que les personnes se sentant entrainées dans des habitudes alimentaires néfastes pour la santé ont été moins motivées ou dans l’incapacité, du fait des mesures gouvernementales, de continuer une activité physique comme elles pouvaient le faire avant le confinement.

6.2. Les catégories alimentaires consommées avant et après le confinement

L’augmentation de la consommation de pâtisseries observée pourrait en partie s’expliquer par l’augmentation du temps disponible au domicile du fait des mesures de confinement. Les réseaux sociaux ont rapporté un essor dans la passion pour la pâtisserie et la boulangerie durant la pandémie (Di Renzo et al, 2020).

Les salades à tartiner à base de mayonnaise facilitent un repas type « tartines » qui peut être une solution de facilité pour les personnes en télétravail, qui n’avaient plus l’occasion de manger sur leur lieu de travail et devaient donc se préparer deux repas par jour. En effet, la fermeture des restaurants et la nécessité́ de préparer deux repas par jour peuvent avoir conduit la population à recourir plus souvent aux plats préparés. Mais à l’inverse, le gain de temps passé à la maison a réduit cette consommation de plats préparés chez certaines personnes de l’étude.

6.3. Limites de l’échantillon

Bien que notre échantillon comporte un nombre relativement élevé́ de participants (n=330), il était surtout composé de femmes (83%), de jeunes adultes (moyenne d’âge 31 ans), 84,5% en possession d’un diplôme de l’enseignement supérieure. Cette étude n’est donc pas représentative de la population belge en général et il est donc difficile de généraliser les résultats. Cela étant, l’enquête fait état de certains faits saillants dans cette sous-population jeune et socialement favorisée : des changements alimentaires et dans la pratique d’une activité sportive avant et après le confinement lié au coronavirus. Ainsi, la non-représentativité de cette enquête tend à suggérer que ces résultats sont une borne inférieure de l’ampleur des changements néfastes à la santé et des conséquences futures sur la santé de la population. Les changements négatifs sur l’alimentation et sur la diminution de la pratique sportive sont susceptibles d’être encore plus importants dans des sous-groupes de la population moins socialement favorisés, qui ont subi des pertes d’emploi ou de revenu accrues en raison de la pandémie.

Ce premier constat appelle les diététiciens à veiller dans les mois qui viennent à une prise en charge des patients qui prend en compte les difficultés qu’ils auront pu connaitre dans le maintien ou l’adoption d’une alimentation saine et équilibrée durant les confinements et la pandémie de coronavirus. Il sera important d’envisager un programme d’activités sportives adéquat pour une prise en charge optimale et durable à l’ensemble de la population avec une attention particulière aux personnes en surpoids et en obésité.

Bibliographie

Bin Zarah, A., Enriquez-Marulanda, J., & Andrade, J. M. (2020). Relationship between Dietary Habits, Food Attitudes and Food Security Status among Adults Living within the United States Three Months Post-Mandated Quarantine : A Cross-Sectional Study. Nutrients, 12(11), 3468. https://doi.org/10.3390/nu12113468

 

Błaszczyk-Bębenek, E., Jagielski, P., Bolesławska, I., Jagielska, A., Nitsch-Osuch, A., & Kawalec, P. (2020). Nutrition Behaviors in Polish Adults before and during COVID-19 Lockdown. Nutrients, 12(10), 3084. https://doi.org/10.3390/nu12103084

 

Di Renzo, L., Gualtieri, P., Pivari, F., Soldati, L., Attinà, A., Cinelli, G., Leggeri, C., Caparello, G., Barrea, L., Scerbo, F., Esposito, E., & De Lorenzo, A. (2020). Eating habits and lifestyle changes during COVID-19 lockdown : An Italian survey. Journal of Translational Medicine, 18(1), 229. https://doi.org/10.1186/s12967-020-02399-5

 

Forgues Catherine. (2018). Influence de la motivation autodéterminée à l’alimentation et à l’activité physique sur la santé d’étudiants universitaires.Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi.

 

López-Moreno, M., López, M. T. I., Miguel, M., & Garcés-Rimón, M. (2020). Physical and Psychological Effects Related to Food Habits and Lifestyle Changes Derived from COVID-19 Home Confinement in the Spanish Population. Nutrients, 12(11), 3445. https://doi.org/10.3390/nu12113445

 

Mengin, A., Allé, M. C., Rolling, J., Ligier, F., Schroder, C., Lalanne, L., Berna, F., Jardri, R., Vaiva, G., Geoffroy, P. A., Brunault, P., Thibaut, F., Chevance, A., & Giersch, A. (2020). Conséquences psychopathologiques du confinement. L’Encéphale, 46(3), S43‑S52. https://doi.org/10.1016/j.encep.2020.04.007

 

Rodríguez-Pérez, C., Molina-Montes, E., Verardo, V., Artacho, R., García-Villanova, B., Guerra-Hernández, E. J., & Ruíz-López, M. D. (2020). Changes in Dietary Behaviours during the COVID-19 Outbreak Confinement in the Spanish COVIDiet Study. Nutrients, 12(6), 1730. https://doi.org/10.3390/nu12061730

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Poster de nos GD's

Le Groupe des Diététicien·ne·s Indépendant·e·s (GDI)

Lors de la Journée d’Etude (JE) 2020, nous avions demandé à chaque Groupe des Diététicien·ne·s (GD) de notre asbl de nous transmettre un poster. Découvrez aujourd’hui le poster du GDI.

Ce poster est sobre, élégant et structuré, il nous montre une certaine détermination, une rigueur et une harmonie. Les valeurs du groupe sont clairement identifiées et assurent un message important : le partage afin de s’unir et devenir plus fort.

Présentation du GDI

Notre groupe des diététiciens indépendants exerce principalement dans le domaine des consultations privées, en Centre Médical, en Maison Médicale ou à domicile, et ce à titre principal ou à titre complémentaire. Nous avons également des consultations en ligne. Par ailleurs, plusieurs d’entre nous animent des ateliers culinaires, donnent des conférences dans les écoles, en entreprise, en pharmacie ou font de la consultance. Le GDI est actuellement composé de 20 diététiciennes dont 12 actives.

C’est au travers de nos valeurs d’entraide et de solidarité, de convivialité et de bienveillance, que nous faisons valoir notre intelligence collective. Nous unissons nos compétences et sommes dès lors complémentaires.

Nous mettons à profit…

Nous faisons appel à notre créativité en élaborant ou en remettant à jour des documents spécifiques pour nos patients, des trucs et astuces ainsi que des jeux adaptés. Pour ce faire, nous travaillons par petits groupes et mettons ce travail en commun lors de nos réunions. Notre souhait est d’avoir une cohérence dans la prise en charge de nos patients. Nous apprécions la richesse de nos échanges et avons plaisir à confronter nos idées et pratiques.

Par la formation continue, nous actualisons nos savoirs théoriques et pratiques, nous rencontrons d’autres professionnels, ce qui nous permet par la suite de partager nos connaissances lors de nos réunions.

Nous prenons très à cœur la défense de notre profession de diététicien·ne·s en cherchant à renforcer notre visibilité et crédibilité. Voici l’un ou l’autre projet que nous avons réalisé : la prescription médicale pour adultes et la prescription médicale pour enfants ; notre implication dans la semaine de promotion du diététicien.

Mais encore… nous saisissons les opportunités de travail (opération Carrefour) et nous apprécions le soutien indéniable de l’UPDLF dans nos projets !

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